Quand on est parent d’un enfant ayant un handicap moteur et dépendant pour ses transferts, déplacements et soins (AVQ/AVD), le quotidien demande beaucoup plus qu’on ne l’imagine : soulever, soutenir, repositionner, laver, habiller, installer, pousser, tirer… souvent plusieurs fois par jour.
Le problème est que ces tâches imposent des charges importantes à votre dos, parfois dans des positions défavorables, répétées et maintenues longtemps. Avec le temps, cela augmente le risque d’irritation et de blessures : douleurs lombaires, raideur, tensions musculaires, “blocages”, et parfois une douleur qui peut devenir chronique et persistante.
Dans cet article, je vous explique pourquoi le dos est vulnérable, quelles postures/mouvements éviter, le cas particulier de la position assise, et surtout des astuces concrètes pour protéger votre colonne vertébrale au quotidien.

Pourquoi les parents aidants développent-ils des douleurs au dos ?
Dans les soins à un enfant dépendant, le dos subit souvent un mélange de facteurs de risque :
- Charges lourdes (poids de l’enfant, du matériel, du fauteuil, de la poussette, etc.)
- Positions penchées (flexion) répétées ou soutenues
- Torsions (rotation) lorsqu’on atteint un objet sur le côté ou derrière soi, lorsqu’on soulève
- Gestes imprévus (l’enfant bouge, se raidit, glisse, se cambre)
- Fatigue
La bonne nouvelle : de petits ajustements, répétés chaque jour, peuvent réduire énormément la charge sur votre dos!
Anatomie de la colonne vertébrale
Les vertèbres et les courbures naturelles

Votre colonne vertébrale est formée de vertèbres empilées (cervicales, thoraciques, lombaires, puis sacrum). Elle n’est pas droite : elle possède des courbures naturelles.
La posture de référence (souvent la plus “économique” pour le dos), c’est celle que vous avez naturellement debout, avec :
- un dos redressé
- des courbures naturelles présentes mais sans exagération,
- sans flexion importante, sans extension excessive, et sans torsion.

Les disques intervertébraux
Entre les vertèbres se trouvent les disques intervertébraux. Ils agissent comme des “amortisseurs” et participent à la mobilité du dos.
Certaines positions créent plus de contraintes sur les structures du dos( dont les disques), notamment :
- la flexion (se pencher vers l’avant)
- la rotation
- la flexion + rotation (se pencher ET tourner en même temps),
- et surtout ces positions répétées ou maintenues longtemps.
Les muscles (et la fatigue)
Les muscles du tronc stabilisent et protègent la colonne. Mais quand on est fatigué, pressé, ou trop loin de la tâche, le corps compense : les muscles travaillent plus fort, la posture se dégrade, et les contraintes augmentent.
Pourquoi la douleur peut s’installer progressivement
Souvent, ce n’est pas “un gros accident” qui cause le problème. C’est plutôt :
- des micro-contraintes répétées,
- de petites irritations/micro-blessures qui apparaissent,
- une récupération incomplète (parce qu’on répète les mêmes gestes),
- puis des micro-blessures qui deviennent de grandes blessures, parfois avec douleurs importantes et qui peuvent devenir chroniques
C’est pourquoi, en prévention, mieux vaut corriger tôt les postures et les habitudes de mouvement.
Les postures et mouvements à risque lors des soins et des transferts

Les mouvements à risque
À limiter :
- Flexion répétée : se pencher vers l’avant encore et encore (soins, bain, habillage, relever du sol, etc.)
- Rotation répétée : tourner le tronc fréquemment, avec ou sans charge
- Flexion + rotation : combinaison très fréquente… et très exigeante pour la colonne
Les postures à risque
À éviter de maintenir longtemps :
- Dos arrondi en position penchée (flexion soutenue)
- Dos tourné pendant une tâche (torsion soutenue)
- Dos penché + bras loin (effet de levier : votre dos travaille beaucoup plus)
Et la posture assise?
On entend parfois : que “la position assise, ce n’est pas bon pour le dos”. En réalité, c’est plus nuancé.
Pourquoi le bas du dos est plus vulnérable assis
En position assise, nous perdons une partie de la courbure lombaire (la lordose). Le bassin bascule vers l’arrière, ce qui place le bas du dos dans une position plus “fléchie”. Résultat : le bas du dos peut être plus vulnérable, surtout si on s’affaisse.
Alors pourquoi recommander un tabouret à roulettes?
Parce que, comparée à une posture debout penchée vers l’avant, une position assise peut réduire la charge sur la colonne, à condition de respecter deux règles :
- Dos bien droit et redressé (éviter de s’affaisser)
- Aucun soulèvement en position assise ( pas de levée/transfert lourd en position assise)
Consultez l’article sur l’utilisation du tabouret à roulettes pour en apprendre davantage.

Le tabouret à roulettes est particulièrement utile pour :
- vous approcher de l’enfant sans vous pencher,
- vous déplacer autour de l’enfant sans torsion,
- garder les coudes près du corps, et travailler “à la bonne hauteur”.
✅ Assis : oui, si vous êtes droit(e), proche, stable et mobile.
❌ Assis : non, si vous soulevez, si vous vous affaissez, ou si vous devez tourner le tronc
Consulter la vidéo sur l’utilisation sécuritaire du tabouret à roulettes pour en apprendre davantage.
6 astuces concrètes pour protéger votre dos pendant les soins
Voici les ajustements les plus efficaces, ceux qui changent réellement la charge sur votre colonne.
1) Rapprochez-vous de l’enfant (ou rapprochez l’enfant de vous)
C’est la règle d’or. Plus vous êtes loin, plus votre dos travaille. Vous rapprochez de la tâche vous permet d’adopter des postures plus sécuritaires.
- Approchez votre corps du lit/fauteuil
- Rapprochez l’enfant vers le bord du lit si sécuritaire
- Placez le matériel à portée de main, près de vous
Objectif : éviter d’avoir les bras tendus et le dos penché.

2) Pliez les genoux plutôt que de pencher le tronc
Au lieu de pencher votre dos :
- fléchissez hanches et genoux,
- gardez le dos plus “long” et plus neutre,
- rapprochez-vous de la tâche
Objectif : déplacer l’effort vers les jambes plutôt que vers la colonne.

3) Mettez-vous à la bonne hauteur (ajuster votre hauteur OU celle de l’équipement)
Selon la situation :
- asseyez-vous sur un tabouret à roulettes
- agenouillez-vous sur une surface coussinée ( si vos genoux le tolèrent) pour les tâches plus près du sol ( ex. chausser votre enfant)
- utilisez une position accroupie momentanément pour les tâches plus près du sol ( ex. chausser votre enfant)
- ajustez la hauteur du lit

4) Évitez la torsion : déplacez vos pieds
Au lieu de garder les pieds fixés et tourner le haut du corps :
- faites un ou des pas ,
- pivotez avec vos pieds,
- orientez votre bassin dans la direction de la tâche.
Objectif : réduire la rotation du tronc
5) Organisez l’environnement avant de commencer
Quelques secondes de préparation peuvent sauver votre dos.
- Matériel à portée (couches, lingettes, orthèses, vêtements)
- Hauteur du lit ajustée
- Espace dégagé pour bouger
- Position du fauteuil / table / sac / pompe pensée à l’avance
Objectif : diminuer les gestes “en urgence” et les mouvements improvisés.
6) Réduisez le cumul de répétitions
Quand une tâche est fréquente, même “petite” et banale, elle finit par représenter un risque.
Exemples :
- repositionnements multiples dans le lit
- habillage en flexion prolongée
- relever souvent à partir du sol
Objectif : identifier vos 2–3 gestes les plus fréquents et y appliquer des ajustements systématiques pour corriger vos postures.
Consultez un professionnel de la santé si vous présentez des douleurs aux dos qui vous empêchent de vaquer à vos activités.
FAQ – Ergonomie du dos chez les parents aidants
1) Est-ce normal d’avoir mal au dos quand on aide son enfant?
C’est fréquent, mais ce n’est pas “normal” au sens où vous devriez l’endurer. Une douleur répétée est souvent un signal que la charge et/ou la posture ne sont pas optimales. L’objectif est de réduire les contraintes pour prévenir l’aggravation.
2) Quel est le pire mouvement pour le dos?
Souvent, c’est la combinaison se pencher + tourner (flexion + rotation), surtout si vous êtes loin de l’enfant ou si vous portez une charge.
3) Dois-je éviter complètement de me pencher?
Vous n’éviterez jamais 100% des flexions. L’idée est de réduire la fréquence, réduire l’amplitude, et surtout éviter de rester longtemps penché. Se rapprocher, plier les genoux et ajuster la hauteur sont des gestes simples et efficaces pour diminuer la fréquence des mouvements de flexion.
4) Est-ce que la position assise est mauvaise pour le dos?
Elle peut rendre le bas du dos plus vulnérable si vous vous affaissez. Par contre, s’asseoir droit sur un tabouret à roulettes pendant certains soins peut réduire la charge par rapport à une position debout penchée.
5) Puis-je soulever mon enfant en position assise?
Je ne le recommande pas. Pas de soulèvement lourd en position assise.
6) Comment savoir si je suis “à la bonne hauteur”?
Si vous devez vouté le dos ou travailler à bout de bras, la hauteur n’est probablement pas idéale. En règle générale : travaillez près de vous, dos redressé, coudes près du corps, et ajustez le lit/équipement si possible.
7) Un tabouret à roulettes, est-ce vraiment utile?
Oui, dans plusieurs soins (habillage, orthèses, hygiène), car il permet de :
- travailler proche,
- avoir un dos droit,
- se déplacer sans torsion,
à condition de garder une posture redressée et d’éviter les soulèvements.
À retenir
Votre dos n’a pas besoin d’avoir une posture parfaite en tout temps . Il a besoin d’être moins souvent dans des positions défavorables, et moins longtemps.
Si vous ne deviez retenir que 3 choses :
- Rapprochez-vous (ou rapprochez l’enfant)
- Pliez les genoux plutôt que de pencher le dos
- Tournez avec vos pieds, pas avec votre tronc
Avertissement
Les conseils de cet article sont généraux et ne remplacent pas une évaluation personnalisée. Si votre situation est complexe, une consultation avec un professionnel de la réadaptation peut être indiquée.
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